La divination par les esprits de la terre

 

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Stéphane Monnot-Boudrant

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Introduction

Si tout ou presque a déjà été écrit sur la géomancie au fil des siècles, il demeure difficile de s’entendre sur une méthode d’interprétation claire et accessible du thème divinatoire en lui-même.

Les concepts subtils qui en gouvernent le mode de consultation s’y trouvent en effet bien souvent noyés parmi d’autres plus mystérieux encore, et se révèlent difficiles d’accès au chercheur en quête de rigueur et d’objectivité.

C’est pour mieux accompagner l’aspirant géomancien sur son chemin d’apprentissage que ce court traité a été rédigé, afin qu’il puisse en acquérir les bases techniques, tant par la pratique que l’expérimentation éclairée.

Ainsi, vous ne trouverez dans cet abrégé ni référentiel encyclopédique, ni base documentaire, ni nomenclature ésotérique, qui alourdiraient inutilement le propos, et compromettraient le travail de l’imagination.

Je renvoie d’ailleurs le lecteur qui souhaiterait approfondir ses connaissances aux excellents ouvrages déjà parus sur le sujet, et qui complèteront à merveille les réflexions initiées au fil des pages du présent.

Comme tous les traités de géomancie, celui-ci ne saurait prétendre à l’exhaustivité, tant la matière est considérable dans ses extensions à tous les domaines du vivant.

Aussi terminerai-je cette brève introduction par une ultime recommandation : ce guide a été rédigé à seule fin de favoriser votre apprentissage d’un savoir-faire concret, et d’accompagner votre parcours d’initiation.

Il ne saurait en rien constituer un manuel initiatique, lequel pourra faire l’objet d’une publication ultérieure, dédiée à l’analyse symbolique et la doctrine hermétique.

Vous-seuls pourrez acquérir l’intuition, laquelle dépasse la simple habileté, et donc le cadre de cet ouvrage, dont nous sommes tous fort heureusement dotés, à condition de lui permettre de s’exprimer.

Or, vous constaterez par l’expérience que s’il peut s’avérer ardu d’acquérir le socle théorique de l’interprétation géomantique, il est bien plus délicat encore de s’en ouvrir à la dimension proprement initiatique de ses composantes.

Puisse ce maigre traité vous montrer la voie vers votre propre réalisation, et vous transmettre le goût de la géomancie, jusqu’à ce que vous forgiez, par et pour vous-même, votre propre Art géomantique.

Stéphane Monnot-Boudrant,

Formulation de la question

Au commencement de toute interprétation géomantique, il y a une question, exprimée avec précision, et dont on cherche la solution. Celle-ci devra être posée d’une manière aussi claire que possible, et toujours dans un sens positif.

Il s’agira bien souvent de questions binaires, univoques, dépourvues d’ambiguïté, et pouvant être répondues par oui ou par non.

Toute la délicatesse consistera dès lors pour le Géomancien à assister le Questionneur dans la formulation de sa question, afin d’être bien assuré de toucher au cœur de ses préoccupations du moment.

Dans les cas plus complexes d’interrogations multiples, vous aurez soin de procéder à plusieurs interprétations consécutives, en déclinant autant de questions particulières qu’il conviendra.

L’objet de la question devra porter sur des considérations pratiques et concrètes de la vie courante, toujours en lien avec une situation contemporaine au tirage, et dont on cherche sincèrement à connaître l’issue.

De fait, aux questions vagues et générales telles que : « ai-je une chance de rencontrer un jour le prince charmant ? », vous préférerez une formulation plus spécifique du type : « ferai-je une rencontre amoureuse au cours des six prochains mois ? ».

Vous privilégierez en outre des questions telles qu’elles appelleront des conseils d’action, et favoriseront l’aide à la prise de décision. Plutôt que de demander par exemple : « est-ce qu’une telle affaire se conclura par un accord fructueux ? », vous serez mieux avisé de formuler : « est-il judicieux d’initier tel projet de rapprochement commercial ? », afin de favoriser l’émergence de solutions au moment de l’interprétation.

Vous vous méfierez également des questions ambigües ou étant déjà répondues dans l’esprit du questionneur. Ce sera une chose en effet de demander « si telle prise de poste s’accomplira sans embûches », et une autre de s’interroger sur « l’intérêt même d’accepter telle opportunité professionnelle ». Dans le premier cas, la décision aura déjà été arrêtée dans l’esprit du Questionneur, inquiet de surcroît des conséquences de son choix, tandis que dans le second, le processus de décision sera précisément l’objet de la question.

Vous éviterez enfin les questions multiples ou à tiroirs, de celles appelant des réponses elles aussi plurielles et multithématiques. Plutôt que de demander si « untel arrivera sain et sauf d’un long voyage et s’il en tirera un récit autobiographique », vous questionnerez successivement les deux domaines du voyage, et de l’écriture, déployés en deux thèmes bien distincts.

Une fois la question clairement formulée, vous l’écrirez en haut d’un feuillet vierge avec l’heure et la date de consultation, lequel vous servira de support lors des travaux ultérieurs d’érection du thème.

Le thème géomantique

Le thème géomantique est généralement représenté dans la tradition sous la forme d’un écu (on dit aussi « blason », « éventail » ou « canevas »), dans lequel prendront place au fur et à mesure de leur génération seize figures ou signes, éclairant la réponse à la question posée.

Il se compose de quatre Mères, quatre Filles, quatre Nièces, deux Témoins, un Juge et une Sentence.

Vous apprendrez au cours de ce premier Chapitre comment produire ces idéogrammes, par diverses opérations que nous allons détailler :

  • Les figures des Mères seront engendrées par projection aléatoire de seize lignes de traits.
  • Les figures des Filles seront engendrées par translation de celles des Mères.
  • Les figures des Nièces, des Témoins, du Juge et de la Sentence seront engendrées par ce que l’on appelle les triplicités.
  • Les douze premières figures (Mères, Filles et Nièces), « réceptrices » et « naturelles », occuperont les douze premières Maisons du thème notées en chiffres romains (de I à XII), et composeront la réponse de l’oracle à la question posée.
  • Les quatre figures supplémentaires, « accidentelles », serviront à asseoir et confirmer le jugement du fait mis en cause par la question posée. Elles occuperont les Cases notées en chiffres arabes (13, 14, 15 et 16) dans la représentation du thème.

Les douze premiers secteurs du thème, dits « existentiels », sont porteurs des attributs fondamentaux de la question posée, et dressent ensemble le portrait d’une personne ou d’une situation, au moment précis où le thème est érigé.

Vous vous reporterez tout au long de votre instruction au Chapitre 15, dédié à l’étude approfondie des Maisons géomantiques ; à ce stade, il vous suffira de connaître les significations essentielles des douze domaines fondamentaux associés à chaque Maison et détaillés ci-après :

Maison I : le domicile du Sujet.

  • Le Questionneur, sa vie, son tempérament, sa personnalité, son caractère, les commencements, la naissance.

Maison II : le domicile des Biens.

  • Les acquis, les profits, les dépenses, les cadeaux, les acquisitions, les ventes, les richesses, les biens mobiliers.

Maison III : le domicile des Familiers.

  • L’entourage, les frères, les voisins, les collatéraux, les petits voyages, les déménagements.

Maison IV : le domicile du Père.

  • Le père, l’hérédité paternelle, le patrimoine, le domicile, les biens immobiliers, l’issue des choses entreprises.

Maison V : le domicile des Enfants.

  • Les enfants, les plaisirs, la chance, les amours, la grossesse pour une femme, l’enseignement.

Maison VI : le domicile de la Servitude.

  • Les obligations du quotidien, les maladies, le travail en tant que besogne, les (petits) animaux domestiques, la pauvreté, les subordonnés.

Maison VII : le domicile des Adversaires.

  • Les adversaires, le conjoint, l’associé, les ennemis, les négoces, les contrats, les procès, les discussions.

Maison VIII : le domicile de la Mort.

  • La mort, les maladies graves, les craintes, la tristesse, les héritages, les risques de l’accouchement, les héritages.

Maison IX : le domicile de la Religion.

  • La spiritualité, les idéaux religieux et philosophiques, les grands voyages, la moralité, la métaphysique.

Maison X : le domicile des Honneurs.

  • Les titres, les récompenses, les ambitions, le rang social, la profession, la mère et les ancêtres maternels.

Maison XI : le domicile des Amis.

  • Les amis et la qualité de leur soutien, l’aide providentielle, les espérances, l’échec ou le succès d’un projet envisagé.

Maison XII : le domicile des Afflictions.

  • Les épreuves physiques et morales, les ennemis cachés, les maladies incurables, les accidents, la chirurgie, la prison, les gros animaux.

Les trois dernières Cases composent ce que l’on a coutume d’appeler le Tribunal géomantique, lequel regroupe deux Témoins (Cases 13 et 14) et un Juge (Case 15) :

Case 13 : le Témoin Droit.

  • Aussi nommé Témoin du Passé et Père du Juge.
  • Il symbolise le requérant, ses pensées du moment, la causalité, les influences et les effets du passé, bénéfiques ou maléfiques ; (émergence, hérédité, acquis, antériorités, origine).
  • Il révèle les entraves, tout ce qui freine et retient.
  • Il condense et synthétise les enseignements de la partie droite du thème.

Case 14 : le Témoin Gauche.

  • Aussi nommé Témoin du Futur et Mère du Juge.
  • Il symbolise la chose demandée, la finalité, l’évolution d’une situation, bénéfique ou maléfique ; (projection, direction, perspectives, conséquences, volonté, tendance
  • Il révèle tout ce qui accélère et soutient, les aides, et les impulsions.
  • Il condense et synthétise les enseignements de la partie gauche du thème.

Case 15 : le Juge.

  • Il synthétise et résume les significations de l’ensemble des figures comprises dans le thème ; (permanence, résultante, appréciation, décision).
  • Il informe sur l’issue bonne ou mauvaise de l’affaire en cause.

Une figure supplémentaire, la seizième du thème, aussi dite de la Sentence, trouvera domicile en Case 16, à l’extérieur de l’écu :

Case 16 : la Sentence

  • Elle complète et affine le cas échéant la réponse du Juge en énonçant le motif.
  • Elle renseigne sur le résultat final, entendre à plus long terme, de l’affaire entendue.
  • Elle informe sur l’influence de l’environnement en rapport avec le domaine de la question posée à l’oracle ; (atmosphère de la question, ambiance, milieu).
  • Elle annonce par sa figure en occupation la grâce ou le châtiment ultime de la justice oraculaire.

Le jeté des traits

Vous débuterez le montage du thème géomantique par ce que l’on a coutume d’appeler la projection des traits et qui consistera à tracer à l’aide d’un simple crayon et d’une feuille de papier, seize lignes de bâtonnets au hasard, de longueur inégale, et sans les compter.

Le tracé des traits se fera de manière inconsciente, sans réfléchir, et sans que l’esprit ne se détache jamais de la question posée.

S’il importe de ne pas compter le nombre de traits pour chaque ligne, vous essaierez malgré tout d’en tracer approximativement sept à vingt par ligne, ceci afin de préserver la qualité aléatoire de l’opération.

Vous aurez au préalable inscrit au sommet de votre feuille l’énoncé clair et univoque de la question posée à l’oracle, et aurez pris soin de vider votre esprit suffisamment afin qu’il ne soit pas troublé par les tracas de la contingence ordinaire.

Vous opérerez dans un environnement calme, et préservé de toute perturbation susceptible de vous distraire de votre travail de concentration mentale.

Vous tracerez des petits traits verticaux sans décoller votre main de son support, comme lors d’une écriture automatique, en ayant toujours à l’esprit l’objet de la question posée.

Vous obtiendrez ainsi et sur un même feuillet seize lignes de traits, que vous regrouperez ensuite en quatrains, soit quatre lignes par quatre lignes, en partant naturellement de la première.

Chaque quatrain donnera naissance à une figure Mère, qui seront celles les premières à peupler le thème géomantique.